Hommage et Solidarité : Pour JEAN FABRE (Coordinateur FO Atos), MORT DEBOUT le 30 avril [Article-blog]

Version corrigée, publiée le vendredi 8 mai 2026 à 7h30 remplaçant la version initiale publiée le jeudi 7 mai.


Le 30 avril 2026, le syndicat F.O. et le groupe Atos ont perdu soudainement l’un de leurs piliers.


Jean Fabre, coordinateur FO Atos, [Ndrl : Coordinateur=Président], est décédé, fauché par un arrêt cardiaque en plein vol d’une vie active et militante, lui qui avait avec dignité vaincu une maladie plus sournoise et recouvré la santé. Il s’éteint 13 jours seulement après que son organisation syndicale a porté la voix des salariés devant la représentation nationale, et au lendemain immédiat d’une victoire intersyndicale qui couronnera son bilan : la transformation du plan social préparé par Frank Chartier et Philippe Salle en un plan de départs volontaires.

Pour beaucoup d’entre vous, lecteurs actionnaires de bourse.blog, Jean Fabre était un nom inconnu — pour ceux qui ont regardé le témoignage des organisations syndicales à l’Assemblée nationale, non plus. Vous avez vu un autre visage, celui de Lionel Arcidiacono, coordinateur FO Atos Eviden, car Jean n’était pas l’homme des projecteurs. Mais sans le savoir, cette audition fut son tout dernier combat. Derrière son PC et en visio, il avait travaillé d’arrache-pied pour que le témoignage de FO fasse progresser le débat national.

Dans un autre registre, pour vous actionnaires, il fait partie de ceux qui ont rendu la sauvegarde accélérée de l’entreprise possible.

Pour ceux d’entre vous qui, pour des raisons qui leur sont propres, ne se sentent pas concernés par les combats syndicaux, voici directement le lien vers la cagnotte. Mais la valeur d’entreprise qui compose votre portefeuille est faite d’hommes et de femmes, et nous vous demandons un petit effort : celui de lire cet article, qui n’est pas purement boursier.

Soutenir la famille de Jean Fabre — la cagnotte FO Atos est ouverte ici :

onparticipe.fr/c/svLxLPEA

Organisée par Frédéric Bled, vice-coordinateur FO Atos.


Pourquoi cet article-hommage inusuel ?

Habituellement, cet espace est dédié à l’analyse froide et chiffrée d’Atos : suivi du cours, restructuration, créanciers, litiges. Cette ligne ne change pas.

Mais bourse.blog rassemble une communauté plus large que les seuls actionnaires : salariés d’Atos, élus du personnel, délégués syndicaux, coordinateurs syndicaux. Ce sont eux, autant que les marchés, qui font la valeur réelle de ce que nous suivons. Ignorer la disparition de Jean Fabre serait ignorer l’un des artisans de la survie du patrimoine de nos lecteurs actionnaires.

D’autre part, à titre personnel, j’ai eu un arrêt cardio-respiratoire de 3 mn en novembre 2022 (état de mort clinique). Mais de par mes connaissances médicales, j’avais pu appeler les pompiers à temps : Certes j’ai fait un arrêt cardio-respiratoire, mais devant eux, une minute après leur arrivée, et j’ai pu être ramené à la vie.

Ne leur en voulez pas trop à ces pompiers lyonnais, s’il vous plaît Monsieur Salle, même si vous avez laissé votre avocat Me Cordier dire que c’était une simulation de maladie, pour finalement changer d’avis dans le dernier jeu de conclusions à 17 h la veille de l’audience du procès farce que vous aviez jugé utile de me faire, et face à l’« ad nauseam » en réponse à cette accusation abjecte, réaction de dernière minute salutaire qui vous a évité des indemnités reconventionnelles.

Donc ça s’est joué à un fil pour moi mais dans le bon sens.

Jean Fabre n’a pas eu ma chance, il a appelé les secours un fil trop tard…

Je trouve la vie parfois cruelle. Même accident, mais une minute dans le mauvais sens.

Cet hommage à Jean Fabre me tenait à cœur aussi pour cela.

 


Avant d’être un syndicaliste, Jean était un homme. Qui était l’homme ?

Le portrait qui ressort des témoignages reçus depuis la publication de cet article est sobre, sans complaisance, et d’une grande humanité.

Jean Fabre n’aimait pas les mondanités. Quand il fallait représenter FO en réunion avec la direction, il déléguait souvent — à Raoul, à Fred, ou à Lionel Arcidiacono le 17 avril dernier à l’Assemblée nationale. Non par fatigue, non par retrait : parce qu’il était un homme d’action, pas un homme de cérémonie. Sa place, il la trouvait dans les dossiers, dans les négociations dures, dans le bras-de-fer concret avec une direction qui ne lui aura rien épargné durant son mandat.

Sous son aspect bourru au premier abord se cachait un homme d’une grande sensibilité. Un de ses anciens camarades de FO nous l’écrit simplement : « Jean, malgré ses aspects parfois bourrus au premier abord, était d’une grande sensibilité. » Cette sensibilité, c’est ce qui l’a poussé à porter, pendant une quinzaine d’années chez FO, des dossiers qui n’auraient jamais fait la une d’aucun journal.

Son parcours militant en témoigne : secrétaire de CE, puis délégué syndical, puis délégué syndical principal — mandat interne qui lui a fait chapeauter les dossiers Bull et Amesys — avant de devenir coordinateur en 2023. Il était aussi impliqué au sein de la fédération des services, comme membre de la commission exécutive de la section Services de la FEC FO (Fédération des Employés et Cadres FO).

Une anecdote nous a été rapportée et dit tout. Un salarié, jeune père, harcelé par la direction qui voulait l’envoyer sur une mission lointaine. Jean, alors délégué syndical de proximité, intervient. Résultat : la direction lui trouve une mission plus proche, et accepte même de lui payer un taxi matin et soir. « Il y allait fort, et il était redoutablement efficace », témoigne notre interlocuteur. C’est une victoire qu’aucun comité d’entreprise n’a archivée. C’est un enfant qui a continué de voir son père tous les soirs, parce qu’un syndicaliste a su être implacable au bon moment.

Mais Jean ne s’est pas contenté de défendre les salariés. Il a aussi été un rempart pour les élus et les mandatés en difficulté — ceux que la direction ciblait précisément parce qu’ils gênaient. Chaque fois que la direction s’est frottée à lui, elle s’en est rappelée. Et comme elle ne supporte pas de perdre, elle le lui a fait payer par des attitudes mesquines : blocages des frais professionnels, désignations attaquées au tribunal sous prétexte de fraude — et perdues — discriminations salariales, entraves au quotidien.

Pour ceux qui veulent une trace concrète de ces combats, un article de FO de 2022 revient sur l’un des dossiers majeurs où Jean s’est illustré : la réorganisation Matisse, où FO a fait rétablir en justice deux représentations du personnel que la direction avait illégalement supprimées.

Un autre témoignage, reçu d’un élu CSE FO Atos France, écrit simplement : « Jean Fabre était bien plus que mon coordinateur : c’était un ami. » La phrase est brève, mais elle dit ce qui se dit rarement dans les hommages syndicaux : que derrière le mandat, derrière la fonction, il y avait un type qu’on aimait. Un type avec qui on partageait quelque chose qui dépassait le cadre du combat.

Côté santé, contrairement à ce que cet article laissait entendre dans sa première version — et nous nous en excusons auprès de ses proches — Jean Fabre avait vaincu un cancer avec dignité et recouvré la santé. Un simple contrôle médical était prévu pour le 13 mai. Il prenait soin de lui, il avait meilleure forme physique, et tout le monde à FO avait retrouvé le Jean qu’ils connaissaient : énergique et combatif. C’est un décès brutal qui l’a fauché le 30 avril, sans signe avant-coureur, sans la moindre alerte. Une mort soudaine qui a laissé tout le monde sous le choc.

Reste une question que ses camarades FO les plus proches posent à voix basse, sans accusation directe mais sans illusion non plus : que pèsent quinze années d’engagement syndical sur un cœur ? Désignations attaquées au tribunal au prétexte de fraude — et perdues par la direction. Frais de déplacement bloqués pendant des mois. Discriminations salariales imposées unilatéralement aux militants. Mesquineries quotidiennes, entraves répétées, sanctions arbitraires. Les seules « récompenses » qu’un militant engagé reçoit de la direction. « Dans la durée, c’est usant », témoigne l’un de ses camarades. « Multiplié par autant de militants engagés, c’est bien souvent le coordinateur qui centralise ces souffrances. »

Jean Fabre les a centralisées pendant des années. En silence, sans s’épancher. Avec son grand cœur — au sens propre comme au sens figuré.

Voilà l’homme qui est tombé le 30 avril 2026. Pas une figure abstraite du combat syndical. Un type qui aimait son boulot quand il fallait être efficace, qui n’aimait pas les estrades, qui défendait les pères de famille un par un, qui était un rempart pour ses camarades, et qui était l’ami de ceux qui l’ont approché.

C’est cela, aussi, qu’on perd. Et c’est cela qu’on honore.


Mort debout

Le titre de cet article reprend une formule attribuée à Emiliano Zapata, le commandant révolutionnaire mexicain :

« Je préfère mourir debout que vivre à genoux. »

Elle s’applique à Jean Fabre dans son sens le plus littéral.

Il était catalan jusqu’à l’os — « notre camarade Catalan au grand cœur », comme l’écrivent ses camarades de la coordination FO Atos. Et Jean Fabre est resté debout jusqu’au bout : dans les négociations avec la direction d’Atos, face au plan social de décembre 2025 voulu par les Fonds Vautour, et par sa participation à l’audience à la commission parlementaire, via son vice-coordonnateur Lionel Arcidiacono que vous avez pu entendre sur la chaîne de l’Assemblée nationale.

La transformation du PSE en PDV : son héritage social

Le dernier grand combat de Jean Fabre s’est joué face à Frank Chartier et Philippe Salle. La direction avait décidé un PSE de 135 licenciements. Il a été transformé grâce à l’action intersyndicale en plan de départs volontaires. Une victoire qui aura été le dernier combat de Jean Fabre.

Le pragmatisme pour la survie de l’entreprise

Dans la phase la plus critique du dossier — la sauvegarde accélérée — Jean Fabre et la section FO ont fait un choix qui demande plus de force que la posture de combat permanent : céder sur certaines positions pour ne pas céder sur l’essentiel. Pas de recours obstructifs, pas de procédure prise en otage, peu de demandes pour permettre à la sauvegarde de se réaliser rapidement.

Ce choix, dans une période où la tentation aurait été grande de jouer le rapport de force jusqu’au bout — quitte à ce que l’outil industriel y reste — a probablement sauvé l’entreprise. Savoir quand combattre, savoir quand transiger.

Jean Fabre l’avait compris.

 


Aux actionnaires : la dette que vous avez envers les salariés

Si Atos est encore en place aujourd’hui, ce n’est ni grâce aux créanciers ni aux PDG successifs. C’est grâce à la résilience des salariés français — nombre d’entre eux sont restés à leur poste, alors qu’ils auraient pu rejoindre la concurrence en quelques semaines.

Cette fidélité a un prix : carrières gelées, progressions ralenties, tension quotidienne. Sans elle, l’action que vous détenez ne vaudrait rien. Vous leur devez quelque chose. Et à Jean Fabre, qui en faisait partie.

Ce qui vous est demandé :

La cagnotte ouverte par Frédéric Bled et la section FO Atos a un objet précis :

1/ Déposer une belle gerbe

2/ Couvrir les frais d’obsèques

3/ Soutenir l’épouse et le fils de Jean Fabre.

À tous les lecteurs : 10 euros, c’est le prix de 3 cafés à Paris. Si chacun donnait ce montant, on serait largement au-delà de 5 000 euros.

⏱️ Petit rappel : pour ce type de don, si on ne le fait pas tout de suite, on ne le fait jamais.

Aux cadres supérieurs d’Atos France, dont certains ont, malgré son état de santé, assigné Jean Fabre en justice : la marche à 10 euros n’est pas pour vous. Le rachat de votre acharnement judiciaire vous oblige à 100 euros ou plus, soit environ 1 % d’un salaire de 10 000 euros. C’est à votre portée.

C’est la somme versée par Alia Iassamen (coordinatrice du syndicat concurrent CFDT), avec qui pourtant les relations avec FO étaient très fraîches, mais qui a souhaité — et bien que nous soyons en conflit ouvert, félicitations Alia — montrer un geste de solidarité dans ces moments où la solennité dépasse les rivalités.

Je rappelle que pour un coordinateur syndical, accepter le combat salarial à votre place, c’est aussi geler sa progression de carrière pour le bien de l’ensemble des salariés d’Atos.

Donc si la cagnotte devait aller au-delà des frais d’obsèques, le surplus serait un témoignage de fraternité envers une famille humble qui vient de perdre un mari et un père. Un hommage à un homme qui a participé à la sauvegarde accélérée — ce qui vous permet aujourd’hui de posséder des actions d’une société qui existe toujours.

Vous devez bien ça à Jean Fabre.

La cagnotte est ici :

onparticipe.fr/c/svLxLPEA

⏱️ Petit rappel : pour ce type de don, si on ne le fait pas tout de suite, on ne le fait jamais.

En conclusion

Jean Fabre est resté, jusqu’au bout, ce qu’il avait toujours été : un coordinateur de terrain, un Catalan droit, un homme simple qui faisait son travail sans bruit et qui a tenu sa place.

Que la terre catalane lui soit légère.


Bourse.blog adresse ses condoléances les plus chaleureuses et confraternelles à l’épouse et au fils de Jean Fabre, à ses camarades de la section FO Atos, et à toutes celles et tous ceux qui l’ont connu et estimé. Confraternelles puisque notre combat est le même : que la gouvernance Atos fasse son travail pour tenter de sauver cette entreprise.

 


P.S. — Note de vocabulaire

Dans le langage syndical, on évite par principe les termes issus du vocabulaire managérial du capitalisme — président, directeur, manager. On préfère coordinateur. Pour faire simple, le coordinateur FO Atos, c’est le président du syndicat FO chez Atos.


NOTE FINALE

À TITRE EXCEPTIONNEL ET POUR CET ARTICLE UNIQUEMENT, la section commentaires est laissée ouverte. Nous l’avions fermée à cause des abus.

Si certains d’entre vous ont particulièrement connu Jean Fabre, n’hésitez pas à me contacter pour faire amender cet article ou y ajouter un témoignage avec votre nom.

D’éventuels amendements seront non seulement acceptés mais bienvenus, car de par sa discrétion, nous connaissons moins bien l’homme que d’autres leaders syndicaux d’Atos.

📧 [email protected]

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