Publié le jeudi 7 mai 2026 à 8h30
Le 30 avril 2026, le groupe Atos et le syndicat Force Ouvrière ont perdu l’un de leurs piliers.
Jean Fabre, coordinateur FO Atos, [Ndrl : Président] est décédé, fauché en plein vol d’une vie active et militante, 13 jours seulement après que son organisation syndicale a porté la voix des salariés devant la représentation nationale, et au lendemain immédiat d’une victoire intersyndicale qui couronnera son bilan : la transformation du plan social préparé par Frank Chartier et Philippe Salle en un plan de départs volontaires.
Pour beaucoup d’entre vous, lecteurs actionnaires de bourse.blog, Jean Fabre était un nom inconnu — il fait partie de ceux qui ont rendu la sauvegarde accélérée de l’entreprise possible.
Jean Fabre, probablement fatigué par la maladie, s’était fait remplacer à l’audition du 17 avril 2026 par Lionel Arcidiacono, coordinateur adjoint FO groupe Atos et coordinateur FO Eviden.
Pour ceux d’entre vous qui, pour des raisons qui leur sont propres, ne se sentent pas concernés par les combats syndicaux, voici directement le lien vers la cagnotte. Mais la valeur d’entreprise qui compose votre portefeuille est faite d’hommes et de femmes, et nous vous demandons un petit effort : celui de lire cet article, qui n’est pas purement boursier.
Soutenir la famille de Jean Fabre — la cagnotte FO Atos est ouverte ici :
Organisée par Frédéric Bled, vice-coordinateur FO Atos.
Pourquoi cet article inusuel ?
Habituellement, cet espace est dédié à l’analyse froide et chiffrée d’Atos : suivi du cours, restructuration, créanciers, litiges. Cette ligne ne change pas.
Mais bourse.blog rassemble une communauté plus large que les seuls actionnaires : salariés d’Atos, élus du personnel, délégués syndicaux, coordinateurs syndicaux.
Ce sont eux, autant que les marchés, qui font la valeur réelle de ce que nous suivons. Ignorer la disparition de Jean Fabre serait ignorer l’un des artisans de la survie du patrimoine de nos lecteurs actionnaires.
La transformation du PSE en PDV : son héritage social
Le dernier grand combat de Jean Fabre s’est joué face à Frank Chartier et Philippe Salle. La direction avait décidé un PSE de 135 licenciements. Il a été transformé grâce à l’action intersyndicale en plan de départs volontaires. Une victoire qui aura été le dernier combat de Jean Fabre.
Mort debout
Le titre de cet article reprend une formule attribuée à Emiliano Zapata, le commandant révolutionnaire mexicain :
« Prefiero morir de pie que vivir de rodillas. » Je préfère mourir debout que vivre à genoux.
Elle s’applique à Jean Fabre dans son sens le plus littéral. Il était de Perpignan, catalan jusqu’à l’os — « notre camarade Catalan au grand cœur », comme l’écrivent ses camarades de la coordination FO Atos. Et Jean Fabre est resté debout jusqu’au bout : dans les négociations avec la direction d’Atos, face au plan social de décembre 2025 voulu par les Fonds Vautour et sa participation à l’audience à la commission parlementaire, via son vice-coordonnateur Lionel Arcidiacono que vous avez pu entendre sur la chaine de l’assemblée nationale.
Le pragmatisme pour la survie de l’entreprise
Dans la phase la plus critique du dossier — la sauvegarde accélérée — Jean Fabre et la section FO ont fait un choix qui demande plus de force que la posture de combat permanent : céder sur certaines positions pour ne pas céder sur l’essentiel. Pas de recours obstructifs, pas de procédure prise en otage, peu de demandes pour permettre à la sauvegarde de se réaliser rapidement.
Ce choix, dans une période où la tentation aurait été grande de jouer le rapport de force jusqu’au bout — quitte à ce que l’outil industriel y reste — a probablement sauvé l’entreprise. Savoir quand combattre, savoir quand transiger. Jean Fabre l’avait compris.
Aux actionnaires : la dette que vous avez envers les salariés
Si Atos est encore en place aujourd’hui, ce n’est ni grâce aux créanciers ni aux PDG successifs. C’est grâce à la résilience des salariés français — nombre d’entre eux sont restés à leur poste, alors qu’ils auraient pu rejoindre la concurrence en quelques semaines.
Cette fidélité a un prix : carrières gelées, progressions ralenties, tension quotidienne. Sans elle, l’action que vous détenez ne vaudrait rien. Vous leur devez quelque chose. Et à Jean Fabre, qui en faisait partie.
Ce qui vous est demandé
La cagnotte ouverte par Frédéric Bled et la section FO Atos a un objet précis :
1/ Déposer une belle gerbe
2/ couvrir les frais d’obsèques
3/ soutenir l’épouse et le fils de Jean Fabre.
À tous les lecteurs : 10 euros, c’est le prix de deux cafés à Paris. Si chacun donnait ce montant, on serait largement au-delà de 5 000 euros.
Aux cadres supérieurs d’Atos France : la marche à 10 euros n’est pas pour vous. 100 euros, soit environ 1 % d’un salaire de 10 000 euros, est à votre portée. C’est la somme versée par Alia Iassamen (coordinatrice du syndicat concurrent CFDT), avec qui pourtant les relations avec FO étaient très fraîches, mais qui a souhaité — et nous l’en félicitons — montrer un geste de solidarité dans ces moments où la solennité dépasse les rivalités.
Je rappelle qu’accepter le combat salarial à votre place c’est aussi geler leur progression de carrière pour que le bien de l’ensemble des salariés d’Atos.
Si la cagnotte devait aller au-delà des frais d’obsèques, le surplus serait un témoignage de fraternité envers une famille qui vient de perdre un mari et un père. Un hommage à un homme qui a participé à la sauvegarde accélérée — ce qui vous permet aujourd’hui de posséder des actions d’une société qui existe toujours. Vous devez bien ça à Jean Fabre.
La cagnotte est ici : onparticipe.fr/c/svLxLPEA
⏱️ Petit rappel : pour ce type de don, si on ne le fait pas tout de suite, on ne le fait jamais.
En conclusion
Jean Fabre est resté, jusqu’au bout, ce qu’il avait toujours été : un coordinateur de terrain, un Catalan droit, un homme simple qui faisait son travail sans bruit et qui a tenu sa place.
Que la terre catalane lui soit légère.
Bourse.blog adresse ses condoléances les plus chaleureuses et confraternelles à l’épouse et au fils de Jean Fabre, à ses camarades de la section FO Atos, et à toutes celles et tous ceux qui l’ont connu et estimé. Confraternelles puisque notre combat est le même : que la gouvernance Atos fasse son travail pour tenter de sauver cette entreprise.
P.S. — Note de vocabulaire
Dans le langage syndical, on évite par principe les termes issus du vocabulaire managérial du capitalisme — président, directeur, manager. On préfère coordinateur. Pour faire simple, le coordinateur FO Atos, c’est le président du syndicat FO chez Atos.
NOTE FINALE
À TITRE EXCEPTIONNEL ET POUR CET ARTICLE UNIQUEMENT, la section commentaires est laissée ouverte. Nous l’avions fermée à cause des abus.
Si certains d’entre vous ont particulièrement connu Jean Fabre, n’hésitez pas à me contacter pour faire amender cet article ou y ajouter un témoignage avec votre nom.
D’éventuels amendements seront non seulement acceptés mais bienvenus, car nous connaissions moins bien l’homme que d’autres leaders syndicaux d’Atos.
