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Atos explore un refinancement comme levier de son redressement (titre original)
Le groupe de services numériques a sondé les investisseurs en vue d’une opération de refinancement de sa dette qui lui permettrait d’en repousser l’horizon et d’en réduire le coût. Mais il estime que les conditions ne sont pas encore réunies.
Publié le 11 mars 2026 à 14:15 – Maj 11 mars 2026 à 15:07
Lionel Garnier
Le groupe de services numériques est tenté de refinancer sa dette mais doit patienter.
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Atos est prêt à attendre. Quelques jours après la publication de ses comptes 2025, marqués par un redressement de sa marge opérationnelle mais une érosion persistante de ses facturations, le groupe de services numériques est prêt à entamer une autre manche. Non pas sur le terrain de l’exploitation opérationnelle, ni sur celui du commercial, mais bien dans le champ financier. Toutefois, le groupe avance à pas comptés et sait qu’il va sans doute devoir attendre.
Voilà plusieurs mois que Philippe Salle, à la tête du groupe de services informatiques depuis octobre 2024, estime que le groupe, pour tourner réellement la page de la restructuration de son bilan, doit s’alléger du fardeau du coût de sa dette. Sa restructuration, finalisée fin 2024, lui a certes permis de tirer un trait sur 2,9 milliards d’euros de dette, convertie en capital – avec comme conséquence de rincer les actionnaires, très fortement dilués au profit des créanciers –, mais elle constitue un handicap. Plus en raison de son coût que de son poids.
« Notre objectif premier est de refinancer la dette de premier rang, car son taux est de 13 %, et nous sommes convaincus de pouvoir obtenir un taux bien plus avantageux actuellement, grâce à notre notation B et à nos perspectives positives », a déclaré Philippe Salle, PDG d’Atos, lors de la conférence téléphonique sur les résultats annuels du groupe le 6 mars dernier.
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Un calendrier plus incertain
Atos affiche une dette financière brute de 3,1 milliards d’euros à fin 2025, pour une dette nette de 1,84 milliard d’euros. Il ne cache pas sa tentation de racheter ses obligations garanties de premier rang d’un montant d’environ 800 millions d’euros. Si leur horizon est encore lointain, avec une échéance en 2029, leur service est jugé trop lourd, avec un rendement de 9 % en numéraire auxquels s’ajoutent 4 % capitalisés (dette PIK). Un boulet dont Atos se séparerait volontiers. Les titres sont remboursables par anticipation à 108 après leur premier remboursement anticipé en décembre.
Le groupe qui a fait le ménage dans ses mauvaises pratiques passées d’un recours excessif à l’affacturage n’envisage pas en revanche de refinancer sa dette de rang plus junior, à la fois plus lointaine, à 2030, et moins coûteuse à 8 %.
Il reste que le calendrier initialement envisagé d’un refinancement au cours du printemps 2026 est désormais plus incertain. Interrogé par L’Agefi, Atos convient avoir sondé plusieurs investisseurs sur cette initiative qui visera le moment venu à diviser par deux le coût de sa dette. Mais il écarte toute opération imminente.
« Le but est d’être prêts quand les conditions de marché le permettront », fait-on valoir dans l’entourage du groupe. Espérée un moment dans la foulée des comptes 2025, l’opération semble donc remise.
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Atos brûle toujours du cash
Pour Atos, noté B chez S&P et Fitch, avec une perspective stable pour le premier et positive pour le second, le chahut constaté actuellement sur le marché de la dette à haut rendement sur fond de guerre dans le Golfe ne facilite pas la tâche. D’autant que le groupe a lui-même dévoilé des chiffres 2025 mi-figue, mi-raisin.
Si la rentabilité opérationnelle s’est améliorée à 4,4 %, avec un résultat d’exploitation de 351 millions d’euros, le groupe subit toujours les conséquences de la perte de contrats durant ses trois années de crise. Le chiffre d’affaires a ainsi reculé de 13,4 % l’an dernier à 8 milliards d’euros.
Et le discours pour 2026 se veut prudent. S’il s’attend à une hausse de sa marge opérationnelle à 7 %, avec un retour à une croissance organique, le groupe n’exclut pas un scénario adverse, avec un repli limité à 5 %.
Surtout, entre le financement de sa restructuration opérationnelle et ses efforts de relance, le groupe continue de brûler du cash. À –326 millions d’euros l’an dernier, le flux de trésorerie disponible s’est certes amélioré par rapport à 2024 (–735 millions).
De quoi contribuer à dégrader sa position de liquidité à 1,71 milliard d’euros à fin décembre contre 2,19 milliards d’euros un an plus tôt. S’il est dans les clous sur cet indicateur – dont la transparence est exigée chaque trimestre dans le cadre de son plan de sauvegarde accélérée –, le groupe, dont le levier ressort à 3,2 fois, a conscience qu’une sortie anticipée de ce corset lui permettrait d’accélérer son repositionnement concurrentiel promis dans son plan Genesis.
L’impératif de retravailler le bilan n’en est que plus aigu.
https://www.agefi.fr/news/entreprises/atos-explore-un-refinancement-comme-levier-de-son-redressement
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POSTFACE BLOG
Atos : Le « Refinancement » ou l’Art de Pédaler dans le Vide jusqu’en 2029
L’AGEFI nous confirme ce que l’on pressentait : chez Atos, on ne pilote plus une entreprise, on gère une horloge biologique en panne. Philippe Salle, entre deux incantations sur l’IA « agentique », n’a plus qu’un seul mot à la bouche : refinancement. C’est devenu son doudou, son mantra, sa réponse à tout, même quand on lui demande l’heure.
Lundi, sur le plateau de BFM, on a frôlé le sublime. Avec le flegme d’un capitaine de Titanic expliquant que l’iceberg est encore à quelques milles nautiques, Philou nous a assuré qu’il avait « tout le temps ». Pourquoi ? Parce que la première échéance n’est qu’en octobre 2029. Cinq ans ! Une éternité ! Dans l’esprit de Salle, 2029, c’est le futur lointain, une époque où les voitures voleront sans doute et où Atos aura peut-être retrouvé un client qui ne soit pas l’État français.
Le problème — et je l’écrivais déjà hier dans mon analyse du « Théâtre des Ombres » — c’est que pour tenir jusqu’à cette Terre Promise de 2029, il faut du carburant. Or, notre « pompier-pyromane » a déjà vidé 88 % de sa citerne Genesis (l’enveloppe de 700 M€ de restructuration) en un seul exercice ! À ce rythme de consommation, le réservoir sera à sec bien avant que les feuilles d’automne de 2026 ne tombent.
C’est là que le cynisme atteint son paroxysme : Salle nous vend un horizon lointain pour masquer une hémorragie immédiate. On affiche une perte nette de 1,4 milliard d’euros, on brûle 326 millions de cash, on voit le chiffre d’affaires fondre de 13,8 %, mais tout va bien, « on a le temps ». C’est la stratégie du parachutiste qui, après avoir dévoré ses rations de survie dans les dix premières secondes de sa chute, se félicite que le sol soit encore à 500 mètres. Le « refinancement » n’est pas un levier, c’est une bouée de sauvetage percée que l’on essaie de revendre à des investisseurs qui, eux, savent compter. Rendez-vous en 2026 pour voir si l’on peut encore refinancer un mirage.
