Cet article se veut dans la continuité des deux derniers, puisque nous allons vous y présenter, grâce à ces analyses, et en ajoutant le départ de Siemens, le Book-To-Bill normalisé 2025.
À l’approche du 6 mars, jour de la présentation des résultats annuels, la direction d’Atos s’apprête à sortir son joker habituel pour tenter de rassurer les marchés : le ratio book-to-bill (btb). Mais avant d’analyser la pertinence de ce chiffre, il est essentiel de comprendre comment la « cuisine » interne a été assemblée tout au long de l’année pour aboutir au montant final des prises de commandes.
1. La mécanique de construction du chiffre officiel
Pour bâtir leur communication, ils vont additionner les couches successives de l’année fiscale. Reprenons l’historique des annonces en millions d’euros :
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L’étape 1 : le premier semestre (H1), annoncé le 1er août, affichait environ 3 400 M€ de commandes.
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L’étape 2 : le troisième trimestre (T3), venu ajouter une brique d’environ 1 600 M€.
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L’étape 3 : le quatrième trimestre (T4), nécessaire pour boucler l’exercice, avec un apport estimé à 1 561 M€.
En empilant ces trois blocs, Atos parvient à un volume global de prises de commandes (le book) de 6 561 M€. Rapporté au chiffre d’affaires annuel immuable de 8 001 M€ (le bill), la direction devrait donc nous servir le 6 mars un ratio officiel de : 82 %.
Ce qui au passage, qu’un CA en croissance est strictement impossible sur 2026, car entre les commandes et la delivery il y a 7/8 mois côté TFCo et 6 mois côté Eviden. Cette nouvelle scission à la sauce Philippe Salle, c’est vraiment pénible sémantiquement parlant. C’est du grand n’importe quoi niveau marketing.
2. Le scanner : 1 260 M€ de gonflage identifiés
Mais ce chiffre de 82 % n’est qu’un affichage de façade. Pour obtenir le btb normalisé — celui qui reflète la réalité opérationnelle du futur Atos — le blog a passé ce total au scalpel :
| Poste de retraitement | Montant à retirer (M€) | Pourquoi ce retrait est indispensable |
| HPC – Alice Recoque | – 500 | Commande fantôme : elle ne passera jamais en CA car l’entité sera déjà cédée. |
| HPC – hors Alice Recoque | – 400 | Division déconsolidée au 31 mars. Périmètre mort pour le nouvel Atos. |
| Contrat Siemens | – 250 | Retraitement de la part non récurrente ou surévaluée. |
| État du Texas | – 110 | Contrat ramené à sa réalité de 15 mois vs l’annonce initiale gonflée. |
3. Le verdict : la vérité des chiffres
Une fois la purge effectuée, la chute est vertigineuse :
| Indicateur (Base 8 001 M€) | Officiel Atos ( 6 mars) | Normalisé | Écart |
| Prises de commandes (book) | 6 561 M€ | 5 301 M€ | – 1 260 M€ |
| Ratio book-to-bill | 82,0 % | 66,2 % | – 15,8 pts |
« Ce n’est pas si mauvais… »

Dans Inglourious Basterds, le colonel Hans Landa déguste son strudel avec une politesse glaciale et lance à Shosanna Dreyfus : « Ce n’est pas si mauvais ».
C’est exactement le sentiment que procure la communication d’Atos. La direction devrait nous servir son ratio de 82 % le 6 mars avec un sourire de façade, mais sous la table, la tension est totale. Une fois la crème enlevée, il ne reste que l’amertume d’une chute commerciale inéluctable : un ratio réel de 66,2 %. Pour 3 euros qui sortent, seuls 2 rentrent. Le pipeline est vide.
4. La preuve par le terrain : le témoignage d’Élise, Chef de Programmes
Justement, pourquoi avoir titré que « le pipeline est vide » ? C’est pour reprendre mot pour mot le constat implacable d’Élise, Chef de Programmes chez Atos. Dans son témoignage, elle confirme qu’il n’y a « aucun deal majeur dans le pipe » et vient valider nos pires craintes sur le gouffre qui sépare le discours de nos multiples contacts salariés et la communication d’Atos du 21 janvier.
« Bonsoir Marc,
Une bonne année à vous aussi et le succès dans tout ce que vous entreprenez et (avez déjà entrepris), tout en vous préservant.
Comme vous le dites vous-même, toute la communication de ces derniers mois sur les contrats, c’est une fanfaronnade qui fait rire (de dépit) ceux qui vivent de l’intérieur les tribulations d’Atos. Cela tient de la méthode Coué et de la manipulation informationnelle !!
En France, seul périmètre que je connaisse, le business est atone. Aucun deal majeur dans le pipe. Des prises de commandes qui ne sont pas au RV, avec pour impact un mauvais book to bill (je n’ai pas le chiffre de Q4… mais cela relèverait du miracle, pour ne pas dire autre chose, si sur l’année 2025 on se rapprochait de 1). Le marché étant lui-même en berne, tout le monde « a faim » et brade les prix. Pas de chance pour Atos… on sera loin de l’objectif de « croissance rentable » et de la génération de cash opérationnel. On est dans une logique de gagner des deals « à tout prix »… et quand on est sur des deals pluriannuels, ça promet pour les années futures, surtout si les forts gains de productivité espérés grâce à l’IA ne sont pas au RV… or là, aucun ‘use case’ robuste auquel se référer… mais c’est le cas pour toutes les ESN. Entre le plan sur la comète et l’acceptation du risque…
Vous l’aurez compris, je ne partage pas l’optimisme béat (benêt) de Philippe Salle…
D’ailleurs, concernant les chiffres, plus personne ne sait où il habite aujourd’hui et cela nous inquiète énormément en interne. Pour l’année 2026, les head managers nous font comprendre clairement qu’atteindre 0 % de croissance en 2026 sera compliqué et qu’on serait plutôt sur du -2 % ou -3 %. Pour le Free Cash Flow de 2026, ils espèrent zéro mais anticipent plutôt -50M€. On devrait se situer entre 0 et -50 millions d’euros si on suit la logique des head managers.
Lorsqu’on voit ce qui est publié officiellement dans les CP, c’est totalement différent. On se demande qui a raison : nos managers ou la direction ? C’est effrayant, on se croirait revenu à l’époque de Meunier avec cette omerta complète sur les chiffres et cette méconnaissance totale de la situation réelle de l’entreprise. D’ailleurs, durant cette période, ton blog était précieux parce que c’était un peu la vigie qui nous permettait de savoir où en était vraiment l’entreprise face au silence de la direction. On sait malheureusmeent comment cela a fini. »
Le petit lexique pour comprendre Élise : C’est quoi un « Use Case » ?
Pour faire simple, c’est une preuve de réussite. Imaginez qu’un vendeur vous promette un moteur révolutionnaire qui consomme deux fois moins, mais qu’il soit incapable de vous montrer une seule voiture qui roule déjà avec. C’est une promesse en l’air. Chez Atos, c’est pareil : la direction promet des économies massives grâce à l’IA, sans avoir de preuve concrète que cela fonctionne sur un vrai projet.
Lettre ouverte aux commissaires aux comptes d’Atos
À l’attention de Messieurs les commissaires aux comptes des cabinets Mazars et Grant Thornton,
Le 6 mars prochain, vous allez engager votre responsabilité professionnelle et juridique en certifiant les comptes annuels. Ce ne sera pas une simple formalité. Nous attendons avec impatience la publication du book-to-bill définitif.
Messieurs les commissaires aux comptes, nous vous rappelons que désormais vous êtes sous une surveillance caractérisée. De la même manière qu’Atos monitore notre blog 24 heures sur 24, nous allons faire de même avec tous vos écrits et déclarations à venir. Il y aura systématiquement un signalement à l’AMF et une plainte au PNF s’il existe le moindre soupçon de complaisance vis-à-vis d’une éventuelle communication trompeuse d’Atos.
Nous savons que vous pourriez être tentés de vous retrancher derrière le fait que votre obligation légale se limite à une « vérification de routine » de la cohérence des informations hors-bilan. Mais n’oubliez pas vos obligations réelles : selon les normes professionnelles (NEP 700), vous devez vérifier la sincérité et la concordance avec les comptes annuels des informations fournies dans le rapport de gestion. Dès lors que le book-to-bill est l’argument massue utilisé pour valider la continuité d’exploitation, toute complaisance envers un chiffre gonflé vous rend complices d’un délit d’information mensongère.
L’UPRA (Union pour la Réparation des Actionnaires) dont je suis le président, ne laissera rien passer. Messieurs les commissaires aux comptes, le 6 mars, choisissez votre camp : l’éthique de votre profession ou le banc des accusés.
Messieurs de Grant Thornton, dans un de nos derniers articles, nous avons annoncé que vous aviez depuis jeudi dernier une assignation sur le dos émanant d’un collectif de 700 petits porteurs. Ce serait dommage d’en avoir une deuxième, maintenant que vous savez que vous êtes sous surveillance. Je compte doublement sur votre vigilance.
