Le communiqué de presse publié par Eviden le 26 février 2026 concernant le projet « EOS » en Grèce mérite une lecture entre les lignes. Si toute rentrée de cash est une bonne nouvelle pour un groupe en restructuration, l’habillage marketing de ce contrat soulève plusieurs questions sur la stratégie de communication d’Atos.
1. Un contrat de niche réglementaire, pas un moteur de croissance
Le projet EOS est une commande de l’EETT (le régulateur grec). Factuellement, il s’agit d’un marché public de niche lié à la mise en conformité réglementaire des fréquences.
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L’analyse : Le CA généré ici est réel et sécurisé (financement européen FEDER), ce qui est un point positif pour la trésorerie. Cependant, ce type de contrat (installation de stations de surveillance nationales) ne se reproduit pas tous les jours. Ce n’est pas une « victoire commerciale » qui présage d’un déploiement massif, mais l’exécution d’un appel d’offres spécifique pour une infrastructure étatique unique.
2. L’étiquette « Pionnière » : Un abus de langage technique ?
Le communiqué qualifie la station de « pionnière ».
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Le fait : En octobre 2017 (finalisé début 2018), Atos a acquis CVC (Siemens Convergence Creators), une entité beaucoup plus petite mais très spécialisée, basée à Vienne (Autriche).
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L’origine de SkyMon : La solution SkyMon (surveillance de satellites et localisation d’interférences) est un pur produit de l’ingénierie autrichienne de CVC. Ce n’est pas une création d’Eviden. C’est une technologie robuste et éprouvée, mais qui a près de dix ans d’existence sous le giron d’Atos.
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Le « Recyclage » : En 2017, Atos achetait CVC pour renforcer sa branche « Big Data & Sécurité » (BDS). Aujourd’hui, en 2026, Eviden ressort ce produit de ses cartons sous un nouveau nom de code (« EOS » pour le projet grec) en le faisant passer pour une innovation de pointe.
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L’implantation : Le communiqué mentionne d’ailleurs « Vienne, Autriche » comme lieu de publication, ce qui confirme que ce sont les équipes de l’ex-CVC qui font tout le travail, pas les têtes pensantes d’Eviden à Paris.
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La critique : Qualifier de « pionnier » le déploiement d’une technologie mature chez un client qui s’équipe enfin est un procédé classique de communication. Pour l’investisseur, il ne faut pas y voir une « rupture technologique » (R&D fraîche), mais l’exploitation d’un catalogue historique (Legacy). Eviden valorise ici son passé pour occulter les défis de son futur.
3. Réalité de l’intégration : Le rôle du partenaire local
Le communiqué souligne la collaboration avec Edil Hellas SA.
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Le fait : Dans ce type de contrat d’infrastructure physique (antennes, génie civil, alimentation indépendante), une part importante de la valeur du contrat est captée par le partenaire local qui réalise les travaux de terrain.
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L’argument : Eviden agit ici comme un intégrateur de systèmes et fournisseur de licences logicielles. Si le CA global est comptabilisé, la marge nette réelle pour Atos, après déduction de la part du partenaire de génie civil et des coûts d’équipement tiers (antennes réflecteurs), est souvent bien plus faible que dans les métiers du pur service numérique ou du cloud.
4. Le silence sur le montant : L’absence de « Matérialité »
Atos ne communique aucun montant pour ce contrat.
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Le fait : En bourse, un contrat est dit « matériel » s’il a un impact significatif sur les comptes du groupe.
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L’analyse : Le coût type d’une station de surveillance satellitaire de ce genre se chiffre généralement en quelques millions d’euros. À l’échelle d’une dette de plusieurs milliards et d’un CA de groupe qui se compte en « 8,001 milliards », ce contrat est microscopique. L’omission du montant permet de maintenir le flou et de donner à une réussite opérationnelle locale l’apparence d’une victoire stratégique globale.
5. Le « Buzzword Stuffing » (Remplissage de mots-clés)
L’introduction du communiqué lie ce projet à la cybersécurité et à l’IA.
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La critique : Le projet EOS est avant tout de la radiofréquence (RF) et du traitement de signal satellite. L’évocation systématique de l’IA et de la Cyber dans le chapeau du communiqué ressemble à une tentative de « rebranding » forcé pour coller aux attentes du marché boursier, même quand le cœur du projet est une infrastructure télécom classique.
CONCLUSION : La stratégie du « Double Effet » (ou le désespoir en deux actes)
L’analyse de bourse.blog : C’est ce qu’on appelle en marketing le « recyclage d’aubaine ». Atos est aujourd’hui tellement en famine de signatures significatives qu’il est obligé de segmenter la moindre petite commande en deux événements médiatiques distincts :
Acte I : Le 25 janvier 2024. Eviden publie un premier communiqué : « Eviden choisi par l’EETT pour ouvrir la voie aux communications par satellite ». On y annonce le projet EOS. Mais le diable se cache dans un détail proprement hallucinant pour une société du CAC 40 (ou ex-CAC) : Atos y précise que le montant du contrat est de 5 667 098,15 €… TTC.
L’œil du lanceur d’alerte : C’est sans doute une première dans l’histoire de la communication financière : une multinationale qui communique sur un montant « Toutes Taxes Comprises ». En bourse, le « TTC » n’existe pas ; on parle en chiffre d’affaires net (HT). Publier un montant TTC, c’est comme si un boulanger se vantait de son chiffre d’affaires en incluant la monnaie qu’il rend aux clients. Cela sert uniquement à gonfler artificiellement un chiffre déjà minuscule (à peine 4,5 millions d’euros réels une fois la TVA grecque de 24% déduite).
Acte II : Le 26 février 2026. Deux ans plus tard, rebelote. Nouveau communiqué, même ton héroïque. Cette fois, on ne « choisit » plus, on « livre ».
L’analyse de bourse.blog : Nous sommes face à une gestion de la pénurie. Atos est aujourd’hui tellement en famine de signatures qu’il est obligé de « saucissonner » la moindre petite commande de province pour occuper l’espace médiatique :
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On communique à la commande (Janvier 2024) : On vend de l’espoir et on gonfle le chiffre avec la TVA.
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On communique à la livraison (Février 2026) : On vend de la survie en recyclant la même info deux ans après.
Dans un groupe sain, une livraison de 4,5 millions d’euros HT fait l’objet d’une ligne dans un tableur Excel, pas d’un communiqué de presse international. Utiliser le même contrat pour faire deux annonces à deux ans d’intervalle, c’est l’aveu d’un carnet de commandes désespérément vide. On essaie de faire croire à une dynamique alors qu’on ne fait que terminer, avec deux ans de retard, un projet dont le montant total ne couvrirait même pas les frais de café du siège social pendant un an.
On communique deux fois pour ne toucher l’argent qu’une seule fois.
Conclusion : Eviden ne nous livre pas une station satellite, elle nous livre une leçon de maquillage médiatique. Pour Atos, l’aube (« EOS ») semble surtout être un crépuscule qui s’éternise.
C’est le stade ultime de la communication de « pénurie » : quand on n’a plus de nouveaux clients à annoncer, on célèbre le fait qu’on a fini le travail pour les anciens. Pour l’investisseur, c’est l’alerte rouge : si Atos a besoin de sortir les trompettes pour une station météo-satellite en Grèce livrée avec deux ans de décalage, c’est que le carnet de commandes fraîches doit être encore plus aride que ce que le blog vous explique depuis 3 mois.
Entre le « Papier Cadeau », le gonflage à la TVA et le « Double Effet », et le recyclage de « vieilles » nouvelles, Eviden tente de faire oublier que 5 millions d’euros, pour Atos, c’est à peine de quoi payer les factures d’électricité de ses datacenters pendant un mois. Pour l’investisseur, c’est l’alerte rouge : si Atos a besoin de sortir les trompettes pour une station météo-satellite en Grèce livrée avec deux ans de décalage, c’est que le carnet de commandes fraîches doit être encore plus aride que ce que le blog vous décrit depuis 3 mois.
Circulez, il n’y a rien de neuf sous le soleil de l’Olympe…
