Cours au moment de l’actualisation : 44.50 €
Lors de notre dernière RECOMAP du 2 décembre 2025, nous avions relevé notre objectif de cours technique de 25€ à 30€, tout en maintenant un avis à la « vente » à long terme avec une cible à 10€. Nous estimions alors que Philippe Salle tentait de « low-costiser » le groupe pour sauver les meubles. Aujourd’hui, à l’approche des résultats annuels et du « Crash Test » du 6 mars, l’heure de vérité a sonné.
Un pipeline vide et des artifices comptables
Comme nous l’avons analysé récemment, le pipeline commercial est au plus bas. Si la direction tente de rassurer avec une communication volontairement floue, la réalité opérationnelle est brutale : la fuite des talents s’accélère et la qualité de service (la « delivery ») présente un risque de dégradation à moyen terme, confirmant nos craintes d’un « effet Foncia » appliqué à l’informatique.
Le marché attend une MOP (Marge Opérationnelle) autour de 4%. Mais attention : comme nous l’avions anticipé, si ce chiffre est atteint, il faudra scruter la perte nette. Une perte supérieure à 1 milliard d’euros confirmera que l’opérationnel a été « maquillé » en charges exceptionnelles de restructuration.
Le mirage Genesis 2.0
Philippe Salle prépare en secret un plan « Genesis 2.0 ». Derrière ce nom ambitieux se cache en réalité l’aveu d’échec du premier plan : la croissance ne reviendra pas mi-2026. Nos modélisations, basées sur les coûts de licenciement (12 à 15 mois de salaires), indiquent que la direction n’attend aucune reprise sérieuse avant la fin 2027.
Une anomalie de marché face à la révolution de l’IA
Le maintien du cours actuel d’Atos relève, selon nous, de l’anomalie de marché. Lorsque l’on observe ses pairs, dont les valorisations ont déjà été sévèrement impactées par l’arrivée massive de l’Intelligence Artificielle (IA), le décalage est flagrant.
L’IA n’est pas qu’un mot à la mode ; c’est un séisme pour le modèle économique d’Atos. L’usage de l’IA par les clients réduit structurellement leurs besoins en logiciels traditionnels et en services de maintenance. Selon les modélisations du blog, l’intégration de l’IA comme outil d’aide aux consultants (notamment pour l’avant-vente) va entraîner une baisse du montant moyen de chaque contrat d’environ 6 à 8% à partir de mi-2027. Cette érosion se poursuivra jusqu’en 2035 avant d’atteindre un plateau ou une très légère décroissance. Atos va donc devoir se battre pour des revenus de plus en plus contractés.
À l’inverse, pour la vente d’IA, Atos n’est pas considéré comme un « pur player ». Pour l’instant, le taux très élevé d’inter-contrat (14%) dans l’IA montre que la mayonnaise ne prend pas chez les clients et que les récompenses soi-disant reçues par Atos comme leader de l’IA relèvent de la prose communicationnelle d’une DirCom après un repas bien arrosé.
Aussi nous révisons nos prévisions de CA en incluant tous les paramètres de nos derniers articles, déconsolidation HPC, déconsolidation Amérique du Sud et de la filiale suédoise, départ Siemens et de l’État du Texas, probable fin du contrat non rentable d’Eagon Ltd fin 2026, fin récemment de 2 gros contrats avec EDF et départs d’environ 15 pays.
2026 : 6.8Md€
2027 : 6.5Md€
2028 : 5.8Md€
Hypothèses neutres. Dans le cas d’une hypothèse conservatrice :
2026 : 6.7Md€
2027 : 6.2Md€
2028 : 5.6Md€
Dans le cas de la cession de Avantix et MCS et hypothèse très conservatrice :
2026 : 6.6Md€
2027 : 5.9 Md€
2028 : 5.4Md€
L’effet Kyndryl : Une anomalie de marché également face à ses pairs
Le maintien du cours actuel d’Atos relève, selon nous, de l’anomalie de marché. Le contraste est saisissant avec son pair américain Kyndryl (spin-off d’IBM), dont l’action a récemment subi une chute brutale. Alors que Kyndryl affiche un chiffre d’affaires colossal d’environ 15 milliards de dollars (contre environ 7 milliards attendus pour Atos selon nos modèles), sa capitalisation boursière s’est effondrée pour atteindre une valorisation que nous jugeons ridicule de 2,7 milliards de dollars (soit environ 2,5 milliards d’euros). À titre de comparaison, Atos, avec un chiffre d’affaires deux fois moindre et une structure financière bien plus précaire, se paie sur des ratios déconnectés de la réalité de ses pairs déjà impactés par la révolution de l’IA.
On notera pour Kyndryl, un FCF (positif) de 300M€ et un RN de 250M€ et une dette similaire à celle d’Atos et une dette nette 500M€ inférieure à Atos.
Avec des ratio comparables, Atos devrait valoir 1.8Md€ de capitalisation. Mais avec un RN en perte de 1Md€, un RN 2026 prévu selon le blog à -400M€, et un FCF prévu selon le blog à -100M€ en 2026 et à -50M€ en 2027 notre objectif de capitalisation moyen terme à 500M€ nous parait très cohérent avec les fondamentaux de la valeur et le manque de visibilité quand à un hypothétique refinancement qui ressemble de plus en plus à une Arlésienne…
Changement de recommandation
Compte tenu de la proximité du 6 mars et du risque de « feu d’artifice » négatif (profit warning ou dépréciation massive), nous modifions notre fusil d’épaule :
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Avis à court terme : Nous passons de « Neutre » (support à 30€) à « Vendre ». Le support technique des 43€, qui a tenu jusqu’ici à 3 reprises, risque de voler en éclats face à la réalité des chiffres et le cours chuter brutalement à 30€ (quelques semaines), puis un peu plus lentemen vers l’objectif de cours.
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Objectif de cours : Nous abaissons notre objectif court/moyen terme à 25€ (en anticipation d’une sanction post-résultats).
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Avis long terme (15/18 mois) : Nous basculons notre objectif de 10€, à 1€ compte tenu de la dilution massive soit par un AK, soit par une inéluctable restructuration et de la vente à la découpe des activités militaires (MCS) pour éponger une dette toujours insoutenable.
Conclusion : Le bluff de la « paire de 2 » ne suffira plus face aux auditeurs et au marché le 6 mars. Il est temps de protéger ses positions.
Rappel : Ces analyses sont données à titre purement informatif et ludique par des amateurs passionnés. Elles ne constituent en aucun cas un conseil en investissement professionnel.
