Atos : Le « CRA 2.0 », un néologisme de circonstance pour masquer le départ définitif de Siemens en septembre 2027

 

Dans les tréfonds du dernier communiqué financier d’Atos, une étrange mention est passée presque inaperçue, enfouie en bas de page. Un acronyme barbare : « CRA 2.0 » pour parler du contrat Siemens, représentant 8 à 9% du CA d’Atos. Ou plutôt « qui représentait »… 🙂

Derrière ce terme qui n’existe nulle part dans le Code de Commerce ou les usages de la profession, se cache une invention sémantique destinée à maquiller une réalité brutale que la direction n’ose pas avouer : le départ définitif et irrévocable du client historique.

Cette mention est d’autant plus bizarre, que Atos n’a jamais parlé de son contrat avec Siemens dans les publications financières des 3 dernières années et qu’à la question d’un analyste en mars dernier, Philippe Salle a répondu que le contrat se passait très bien et qu’il y avait un contrat en 2027. Pourquoi donc en parler soudainement comme une envie de pisser et surtout pourquoi cette petite phrase et cet acronyme intervient 4 jours après un article du blog à propos de Siemens et de l’impact de la réduction du périmètre du plus gros client d’Atos en 2026.

Ces préliminaires étant établis et avant de démarrer notre exposé, voici la fameuse phrase planquée dans la version PDF du communiqué et absente de la « version html ». Lien de la version PDF

« Par région, l’Amérique du Nord et l’Allemagne ont accéléré leurs performances au cours du trimestre, notamment portées par l’application de l’accord de relation client (CRA 2.0) entre Atos SE et Siemens AG sur la base des résultats réalisés au 31 décembre 2025. »

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Il y a les mensonges, il y a les omissions, et il y a le marketing financier. Le communiqué de presse du 21 janvier dernier nous offre un cas d’école de cette troisième catégorie. Alors que la direction tente de rassurer le marché sur la pérennité du chiffre d’affaires, elle dégaine un bouclier sémantique inédit pour justifier le maintien temporaire des revenus : l’application d’un « Accord de Relation Client (CRA 2.0) ».

Les mots ont un sens, surtout dans une société cotée sous surveillance. Et quand on invente des mots qui n’existent pas dans les usages de la profession, c’est généralement pour cacher une réalité qu’on n’ose pas nommer.

1. Anatomie d’un écran de fumée : du marketing financier habillé en juridique

C’est exactement cela : ce « CRA 2.0 » est une bête curieuse. Ce n’est pas un concept juridique, c’est ce que l’on appelle en communication financière un « néologisme de circonstance ». C’est une construction purement marketing, habillée avec les codes du juridique pour faire illusion. Voici la mécanique de ce tour de passe-passe :

Le Flou Artistique de la « Novlangue » En droit des affaires, les mots ont un sens précis et une portée limitée. Un « Contrat de Vente », un « Mandat » ou un « Accord-Cadre » (le standard MSA) définissent des obligations claires. À l’inverse, l’expression « Accord de Relation Client » relève de la poésie. Elle décrit une ambiance, pas une obligation contractuelle.

Elle permet à la direction de dire au marché qu’elle « est en relation » avec Siemens, sans avoir à préciser la nature de cette relation : est-ce pour se remarier ou pour organiser le divorce ? Le flou est total, et c’est volontaire.

L’évitement des mots qui fâchent Comme l’ont confirmé nos sources, la réalité derrière l’acronyme est bien moins rose. Le vrai contenu de cet accord s’apparente à un Cost Reduction Agreement (Accord de Réduction des Coûts) ou pire, un Run-off Agreement (Accord de gestion extinctive).

Mais Atos ne pouvait pas l’écrire. Si le communiqué avait mentionné noir sur blanc « Accord de Gestion Extinctive » ou « Accord de Baisse de Prix », le cours de bourse se serait effondré. Ils ont donc inventé ce terme neutre et faussement positif de « CRA » pour désigner la même chose sans effrayer le marché.

La « Techno-Cosmétique » du 2.0 L’ajout du suffixe « 2.0 » est la signature finale de l’opération marketing. Aucun juriste sérieux ne numérote un contrat comme on numérote une version de logiciel. Cette appellation est faite pour agir subliminalement sur le cerveau de l’investisseur : elle suggère une « version améliorée », plus moderne et plus agile du partenariat. La réalité est probablement une version dégradée, avec moins de volume et des prix cassés.

En somme, ce terme est un écran de fumée. Il a été fabriqué sur mesure par la direction de la communication et le service juridique pour réussir un numéro d’équilibriste : cocher la case « Transparence » (on a dit qu’il y avait un accord) tout en cochant la case « Protection du cours » (on n’a pas dit ce qu’il contenait vraiment). C’est la preuve ultime qu’ils essaient de masquer la réalité : on n’invente jamais un nouveau mot pour décrire une situation normale. On l’invente uniquement pour gérer une anomalie.

2. Mea Culpa : Nous avons fait preuve d’une « naïveté éditoriale »

Au-delà de cette analyse sémantique, nous devons faire un aveu à nos lecteurs. Dans notre précédent article « Les Rois Mages cocus », le blog a fait preuve d’une certaine naïveté éditoriale.

Pour nous, la fin de l’histoire avec Siemens était une telle évidence, un secret de polichinelle tellement éventé, que nous avons oublié de l’écrire noir sur blanc. Nous nous sommes concentrés sur les détails techniques (la réduction du périmètre, l’arrivée d’Infosys) en pensant que tout le monde avait compris l’essentiel.

Mais face à la confusion que sème sciemment la direction, nous réalisons que le marché n’a pas compris ce qui pour nous crevait les yeux. Il faut donc corriger le tir et l’affirmer explicitement : il ne s’agit pas d’une simple réduction de voilure, mais d’une rupture totale.

Siemens a notifié l’arrêt définitif de toute relation commerciale à compter de septembre 2027. C’est une date butoir. Après cela, c’est le néant commercial. Les seuls liens qui survivront seront des partenariats de R&D (mutualisation de coûts, sans marge), mais le robinet du chiffre d’affaires sera définitivement fermé.

3. Le mensonge originel du Plan Genesis (Made in Bain)

Cette évidence que nous avions omis de préciser rend caduc tout ce que la direction raconte depuis des mois. Puisque le contrat s’arrête, il est capital de le dire aujourd’hui : Atos ne pourra jamais tenir son Business Plan présenté en fanfare le 14 mai dernier.

C’est une impossibilité mathématique. Le départ programmé de Siemens (qui commencera par une réduction significative de périmètre dès juin de cette année) interdit toute hypothèse de croissance en 2027 et entraînera mécaniquement une décroissance structurelle en 2028.

Car on parle ici de 500 millions d’euros qui partent en fumée. La croissance hypothétique promise par Philippe Salle, basée sur un optimisme béat, ne pourra jamais amener 500 millions de chiffre d’affaires supplémentaire pour compenser ce qui va disparaître soudainement. Aucun commercial au monde ne remplace un demi-milliard de revenus sécurisés par du nouveau business en claquant des doigts.

Cette réalité confirme ce que nous soupçonnions : le plan Genesis a été truqué dès le départ. C’est une fiction comptable imaginée par Bain & Company (le cabinet qui a remplacé McKinsey) avec un double objectif cynique : vendre le refinancement au marché coûte que coûte, et faire flamber artificiellement l’action pour gonfler la valeur des stock-options de Philippe Salle.

4. L’urgence panique du refinancement : Pourquoi Salle court contre la montre

C’est ici que tout s’éclaire. Si Philippe Salle est actuellement dans une urgence panique pour boucler son refinancement, c’est précisément à cause de cette échéance fatale. Il doit impérativement sécuriser l’argent des créanciers maintenant, tant que le flou artistique du « CRA 2.0 » tient encore debout.

Car il sait qu’il ne pourra pas cacher la vérité éternellement. Dans les semaines ou les mois à venir, probablement cet été, il va devoir revenir devant le marché pour faire un aveu d’échec retentissant. Faisons un peu de prospective : tout comme il a inventé le CRA 2.0 pour masquer la fin du contrat, Philippe Salle va devoir présenter le business plan « Genesis 2.0 ».

Et le jeu de mots s’arrêtera là, car les chiffres, eux, seront sanglants. Ce nouveau plan actera officiellement que les promesses de redressement sont caduques. La perte du moteur Siemens signifie que le retour à la profitabilité normative sera décalé AU MINIMUM DE 2 ANS. Le retour à la fortune qu’on vous vendait pour 2027-2028 ? Oubliez-le. Avec Genesis 2.0, le bout du tunnel est repoussé à 2030.

5. On comprend mieux les 250 000 € dépensés pour me faire taire

C’est à la lumière de ces révélations que le harcèlement judiciaire dont je suis victime prend tout son sens. On comprend mieux maintenant pourquoi Philippe Salle n’a pas hésité à dépenser entre 200 000 et 250 000 € de frais divers, d’avocats et d’huissiers, en mandatant un énorme cabinet parisien pour attaquer un simple particulier avec quelques centaines de vues par article.

Pourquoi déployer une telle armada contre un blogueur ?

Ce n’est pas une question d’honneur, c’est une question de survie financière. Je suis actuellement le seul obstacle à la réussite de son refinancement car je suis le seul à rétablir une asymétrie d’information entre la réalité de la société Atos et la communication mensongère de Philippe Salle ou plus simplement dire la vérité crue là où lui s’est enfermé dans la tromperie grossière.

C’est vrai que ça doit être agaçant pour un puissant habitué à mentir librement depuis 20 ans d’avoir un morbac qui contrendit tous ces communiqués. Je suis donc l’empêcheur de mentir en paix d’Atos depuis 3 ans.

Il a fait son calcul avec cynisme : il sait que le risque pour lui est très limité. En cas de manquement, l’AMF ne peut prononcer que des sanctions administratives. Certes, l’AMF est pleine de bonne volonté, mais elle n’est pas connue pour être un foudre de guerre en termes de vitesse de réaction. Ses enquêtes durent généralement une éternité. Philippe Salle sait qu’une éventuelle amende ne tomberait que dans 2 ou 3 ans.

De plus, l’AMF ne peut en aucun cas se substituer au tribunal correctionnel : elle ne condamne personne à de la prison. Pour que le PDG risque la « tôle », il faudrait une plainte pénale d’actionnaires, une procédure dont la lenteur ferait passer un glacier pour un sprinter. Pour un dirigeant dont le patrimoine dépend du refinancement immédiat, une amende hypothétique dans plusieurs années est un risque calculé tout à fait acceptable.

Conclusion

Philippe Salle ne va pas en prison car il ne falsifie pas les comptes au sens strict : il applique un contrat qui existe bel et bien pour cette période transitoire. Mais il trompe la confiance des investisseurs en utilisant un néologisme de circonstance pour présenter un solde de tout compte échelonné comme une relation client pérenne. Le marché est désormais prévenu : septembre 2027 marquera la fin de l’histoire. GENESIS 2025 est « caduc« , comme disait feu Yasser Arafat. GENESIS 2026 vous sera présenté après le refinancement.

Entre temps, vous aurez droit le 6 mars prochain à une brochure commerciale avec photos 360° et prises de vues par drone et vous savez que entre la brochure et la livraison du projet, il y’a souvent des surprises 😀 😀

En résumé, le « 2.0 » n’est pas une mise à jour, c’est le compte à rebours final.

Auf Wiederzehen Siemens…